A l’occasion de la commémoration des 80 ans de la Libération de la France, l’Institut de France et les cinq académies ont rendu un hommage à Marc Bloch, grande figure de la Résistance et du courant des Annales, à l’occasion des 80 ans de sa disparition.
Invité par Daniel Bloch, son dernier fils encore en vie, nous avons assisté à cet hommage rendu par plusieurs orateurs (*) et par des lycéens qui ont lu des textes de Marc Bloch (notamment tirés de L'Étrange défaite ou de lettres à son fils Étienne).
L'historien Marc Bloch aurait pu être reçu à l'Académie française, sous la Coupole où cet hommage était rendu, s'il n'avait été fusillé, avec d'autres victimes du SIPO-SD (Sicherheitsdienst) allemand, le 16 juin 1944, au lieu-dit Roussille de Saint-Didier-de-Formans (Ain), après des tortures et son internement au fort de Montluc à Lyon.
Par ce crime de guerre, les nazis ont privé la France, entre autres, de l'apport qu'aurait pu engendrer Marc Bloch. En effet, dans la clandestinité à Lyon, il a participé à la rédaction du programme du CNR (Conseil national de la Résistance), pour sa partie consacrée à l'éducation et à la culture. Opposé aux méthodes orthodoxes d'enseignement (le bachotage qui produit des chiens savants, ou « l’agrégation tire en arrière toutes nos facultés »), il prônait de ne pas utiliser exclusivement les documents écrits et de recourir à des disciplines multiples (archéologie, analyse des œuvres artistiques, des arts et traditions populaires, des plans cadastraux, ...). Le discours de Jacques Verger, membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres, consacré à « Marc Bloch médiéviste », a montré des éléments de sa méthode fondée sur sa curiosité interdisciplinaire.
Avant ce crime, les fascistes français qui s'était emparé de l'État français avait voté des lois antijuives qui ont privé les étudiants en histoire des cours de cet historien rayonnant d'érudition concrète et vivante, et les lecteurs qui auraient pu accéder, par une large diffusion de ses livres, à ses multiples savoirs.
Parmi ses citations, nous avons retenu :
« … la France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut-être (qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. »
Marc Bloch, L’Étrange défaite.
Marc Bloch résistant aurait sa place sous une autre coupole, celle du Panthéon. Après l'hécatombe du 21 juin 1943 à Caluire (Rhône), au cours de laquelle Jean Moulin est arrêté, avec d'autres cadres de la Résistance française, Marc Bloch n'a-t-il pas continué le combat, à Lyon, au sein de Franc-Tireur et des Mouvements unis de la Résistance, jusqu'à son arrestation le 8 mars 1944, place du Pont à Lyon 3e (maintenant place Gabriel-Péri) ? Pourtant, quels forts messages porte Marc Bloch, « Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance ». « Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite » et qui crie « Vive la France ! » avant de tomber sous la balles nazies !
Vous pouvez retrouver l'intégralité des interventions sur le site de l'Institut de France.
https://www.youtube.com/watch?v=3nwwTNsyKM8
* Xavier Darcos, chancelier de l'Institut, Hervé Gaymard, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, Antoine Triller, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, Jacques Verger, membre de l'Académie des inscriptions et belles lettres, Pascal Ory, de l'Académie française, Guy Avizou, président de la Société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, qui a rappelé l'attachement de Marc Bloch à ce département, où il possèdait une maison sur la commune du Bourg-d'Hem, et où il a écrit L'Étrange défaite.
© Manuel Rispal (texte, photos et infographie). Photo de Marc Bloch : fonds Daniel Bloch (colorisation Manuel Rispal).
Mis en ligne le 18/10/2024.